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Laos – Le long de la NamOu: du repos et des remous !

Dernière étape vers le Vietnam : 3 petits villages typiques, le long de la Nam Ou !

 

Le contexte

De Luang Prabang au Vietnam, l’un des passages possibles est de remonter la NamOu, un fleuve tranquille. 3 petites villages sont installés sur ses rives et coupent le chemin jusqu’à DienBienPhu.

Le routard les considère comme un paradis pour backpackers, des coins reculés, pas encore trop troublés par le tourisme de masse.

Ces villages sont accessibles uniquement en pirogue et restent en partie bien authentiques.

Un trajet comme on les aime

Après avoir traversé à pied pendant presque une heure, avec nos gros sacs, le village au nord de Luang Prabang, on atteint la gare de bus depuis laquelle on atteindra le premier village.

On nous avait prévenu que les vans se rendant la-bas étaient spéciaux. Par cela, il faut comprendre que le chauffeur attend de remplir tous les sièges avant de partir, et n’aura aucune considération pour votre confort. C’est donc ainsi qu’on part plein à craquer, entourés de cartons, de sacs, de plein de laos, et… de nouveaux copains ! En effet, on rencontre sur le parking Tony, un belge typique qui nous fera mourir de rire, et un couple de français : Claire et Alex.

Tony est du genre « alternatif », son but est de distribuer aux agriculteurs qu’ils rencontrent des graines spéciales, 100% naturelles. Il a des théories, vraiment intéressantes, sur la mondialisation, la pourriture du monde et de l’industrie jusqu’à la moelle et l’état désastreuse de l’agriculture et plus généralement de notre société de consommation. Parfois délirantes, ces idées sont souvent bien argumentées et on l’écoutera religieusement pendant presque 4h. Il agrémentera son discours de petites maximes belges, ou non, qui provoqueront des fous rires mémorables.

Claire et Alex font comme nous. A ceci près qu’ils voyagent léger : un unique sac de 8kg pour monsieur, 6 pour madame. Impressionnant ! Ils n’ont pas d’ordi, pas de gros appareils photos, et très peu de vêtements. On pourrait clairement s’alléger, mais à ce point, ça force le respect ! Le courant est tout de suite passé avec eux. On ne voyagera que 2 petits jours avec eux, mais aujourd’hui 2 mois après, on s’échange toujours et régulièrement des mails et on suit leur blog dont les commentaires sont vraiment drôles !

Nong Khiaw

Après avoir posé nos sacs dans un hôtel quelconque, on part se balader dans le premier village. Même si c’est le plus grand des trois, il est petit et les activités n’y sont pas nombreuses. La moitié de la ville tourne autour des touristes : restos, guesthouses, bars,…

Beaucoup profitent de l’endroit pour faire du kayak, aller marcher dans les environs pour voir des villages habités par des ethnies locales, ou simplement se relaxer dans les bungalows le long de la NamOu.

Guillaume est toujours malade et le temps est pourri. Le soir, on retrouve de nouveau mais pour la dernière fois Manu et Flavia, et on se retrouve à une petite dizaine de français (et belge donc !) dans un bar à siroter des cocktails au laolao, l’alcool de riz local.

On attendra le lendemain pour se bouger et faire l’incontournable : une grimpette pentue de 1h30 jusqu’au point de vue au-dessus de la ville, de la NamOu et de tous les environs. Le point de vue est un peu entaché par le brouillard qui nous suit depuis 3 semaines : dû aux brulis des agricultures et à cette chaleur étouffante.

On ne reste qu’un jour dans ce premier village et on prend une pirogue pleine à craquer pour le prochain petit village, le plus connu : Muang Ngoy

Muang Ngoy

Le trajet est assez pittoresque, à travers les collines, le long d’un fleuve calme, assis sur des micros bancs en bois, coincés entre d’autres touristes, des cartons, un vélo, …

Le village est minuscule : un quai et une rue de 400 mètres ! Tous les restos, les guesthouses, les petits « commerces » et les maisons des locaux sont situés de part et d’autre. On y croise plus de touristes que de laos, mais l’ambiance est clairement au rustique, et presque à l’authentique. L’endroit n’étant accessible qu’en pirogue, le lieu n’est pas encore bouffé par les installations. Les maisons sont toutes en bois, les ruelles sont en terre, c’est la campagne !

Ici, le but est clairement de prendre son temps et d’en profiter (encore une fois !). Les guesthouses ont des terrasses donnant sur la NamOu et tout le monde en profite pour ne rien faire dessus :-)

 

Il y a plusieurs incontournables ici :

  • Le petit-dej « buffet » : la première maison de la rue appartient à un couple lao-suédois, bien au fait des envies occidentales. Tous les matins, ils préparent un super buffet, avec gauffres, gateaux, pains,… pour seulement 25000kips (3euros). On ne le fera qu’une fois, car la première fois cela n’aida pas les problèmes gastriques toujours présents de Guillaume, mais c’était bon et parfait pour se remplir la panse !
  • La nuit chez une ethnie locale : depuis le village, sans guide, on peut atteindre en 1, 2 ou 4h de marche 3 villages abritant des ethnies locales. Ils proposent alors de rester dormir sur place, dans des petites annexes très sommaires. L’état de Guillaume ne nous permit pas de le faire.

On se contentera de marcher une bonne demi-journée jusqu’au premier village et aux alentours pour admirer quelques rizières, des grottes et les petits villages. On a vraiment beaucoup apprécié marcher dans la campagne laotienne, vraiment très calmes, très vertes !

  • D’autres activités plus classiques : location de kayak, visites de grottes,..

On décide de se poser 3 nuits dans une petite guesthouse, où l’on passera notre temps à lire, coudre (des petits drapeaux sur nos sacs), faire le blog, et s’inquiéter pour Guillaume : voilà une semaine que les douleurs ne s’arrangent pas…

Le premier soir, on retrouve Alex et Claire qui nous présentent Béa et Paulé, eux aussi en tour du monde un peu particulier : partis d’Islande, ils rejoignent l’Asie sans avion. Ils ont aussi pris un ferry jusqu’au Danemark, puis fait du stop en Europe, puis le transsibérien pour la Mongolie, et les transports locaux pour la Chine, l’Asie du Sud-Est et bientôt la Birmanie, l’Inde et le Népal. Ils ont déjà passé le double de notre temps en voyage et ont pourtant beaucoup moins dépensé grâce aux couchsurfings. On ne retiendra que celui sur une île au milieu de lac Baïkal, au milieu de la Sibérie ! ça fait rêver !

Muang Khua et le naufrage

Depuis le deuxième village, on peut soit faire demi-tour et retourner au premier village et prendre plusieurs bus jusqu’à la frontière vietnamienne, soit prendre une pirogue pendant 5h en remontant le fleuve pour Muang Khua, le 3ème village à 100km de la frontière en bus.

On a longtemps hésité à cause des tracas de Guillaume, et du prix : si vous n’êtes pas 10 sur la pirogue, il faut payer la place des absents (c’est-à-dire pas moins de 1 000 000 de kips !) … On s’inscrit malgré tout sur la liste d’attente, la veille de notre départ : on est les seuls…

Le lendemain matin, on se dirige inquiets vers le quai : on est finalement 15 ! Bonne surprise ! Pas tant que ça… car 30 minutes après, on se retrouve en fait à 19 dans une pirogue à la base pour 10, avec autant de gros sacs à dos et encore un vélo.

Inutile de dire que Guillaume, malgré deux gros imodiums, est aux anges à l’idée de passer 5h, recroquevillés dans une pirogue de 1m de large, avec autant de monde ! Tout le monde essaie de prendre ça avec philosophie, mais s’inquiètent de voir la pirogue pleine à craquer… Les inquiétudes sont fondées, ce sera le pire trajet de notre voyage !!! mais on a désormais une super histoire à raconter :-)

Le départ sent déjà le boudin : après à peine 15 minutes, la pirogue accoste et le pilote semble appeler sa femme. Celle-ci arrive 10 minutes plus tard, et prend son poste : elle se positionne dans le cabanon du moteur à l’arrière et a pour tâche de tenir l’arrivée d’essence dans le moteur pour qu’on puisse avancer : sûrement un des 10 pires boulots de l’espace !

Alors que quelques discussions et regards complices s’échangent entre les passagers, les ennuis ne font en fait que commencer. En cette période très sèche, le niveau d’eau est très bas. On est donc obligés de se déchausser, de sortir de la pirogue et de marcher dans l’eau sur plusieurs centaines de mètres pour que celle-ci passe un passage compliqué à vide. La première fois est assez marrante, mais n’augure rien de bon pour les 5 prochaines heures…

Après 1h30, ce qui devait arriver, survient ! Un peu trop téméraire, le pilote s’engage dans des rapides, toujours à contre courant, et CRACCCC ! On vient de toucher violemment le fond et de racler tout le fond de la pirogue avec les pierres sur plusieurs mètres. On a déjà eu ça auparavant, personne ne panique sauf… le pilote ! Lui a compris l’ampleur des dégâts de cette fois-ci. Le moteur s’arrête, et le bateau part en arrière en suivant le courant et en penchant de façon inquiétante. Très vite, l’eau trouve le chemin et s’infiltre dans le bateau. Le niveau monte en quelques secondes. Le pilote ne contrôle plus rien, saute à l’eau et nous ordonne de faire de même. Tout le monde est en basket et saute à l’eau. On est tout près du bord heureusement. Très vite, tout le monde pense à son sac, ses affaires, toute sa vie en gros… On forme une chaine humaine pour mettre au sec toutes les affaires. Certaines affaires tombent à l’eau dans la manœuvre, certains sont immergés jusqu’à la taille…

Le pilote est paniqué, il est en train de perdre son unique outil de travail. La pirogue prend littéralement l’eau. Sur la berge, tout le monde fait ses comptes : le gros sac, le petit sac, les chaussures… quasiment tout est au sec ! On commence alors à se préoccuper de la pirogue, car mine de rien elle est censée nous amener à destination !

Les garçons s’occupent de la ramener sur le bord, puis de la pencher pour voir les dégâts. Le trou fait une bonne vingtaine de centimètres. Le pilote continue à être antipathique et gueule sur tout le monde. On pense tous que c’est totalement de sa faute, il a surchargé sa barque ! Il se transforme pourtant en MacGyver : il dégote d’on-ne-sait-où, du caoutchouc, des clous et un marteau et essaie de clouer et colmater une partie du banc, sur le trou, grâce aux rustines.

Pendant ce temps, 2 pirogues passent par là, et se contentent de nous regarder sans inquiétude et surtout sans aucune intention d’aider le piroguier ou les touristes. Une troisième, venant dans l’autre sens, débarque plus loin et deux hommes viennent porter main forte au pilote, pendant que les garçons se relaient pour écoper.

Au bout d’1h30/2h d’attente sur les rochers, on nous indique de tous aller dans la barque arrivée plus tôt. Les passagers de celle-ci se dirigent vers notre pirogue presque réparée, et on part « piquer » la leur. Bouddha a dû nous entendre : il y a en fait deux barques, et notre groupe se sépare donc en 2. Tout le monde retrouve le sourire, on sera beaucoup mieux installé !

On repart donc. Des liens se sont inévitablement créés entre les passagers. On fait notamment la connaissance d’Angélique, la propriétaire du vélo ! Elle parcourt toute l’Asie, seule, en vélo, après avoir fait l’Amérique du Sud en bus. On lui donnera un bon coup de main pour porter Roméo, son vélo, entre les rochers, et ses gros bagages de cycliste.

Tout le monde respire mais 1h après avoir redémarré, le sort s’acharne. Le niveau de l’eau est équivalent à celui d’un pédiluve, et le nouveau pilote heurte de nouveau une grosse pierre, qui fracasse l’hélice. Impossible d’avancer. Tout le monde à l’eau encore une fois. Le pilote, encore un super débrouillard, plonge entièrement dans l’eau et réussit à changer l’hélice en apnée !

De façon miraculeuse, ce fut la dernière péripétie. On débarque au village après plus de 9h de trajet, avec un énorme mal de fesses, de dos, une bonne fatigue, mais avant la nuit et maintenant on en rigole bien.

On décide, pour la plupart, d’aller dans la même auberge, et on dînera tous ensemble. On partagera même notre chambre avec notre nouvelle copine Angie, pour réduire les frais de tout le monde !

Le lendemain, tout le monde se retrouve à l’arrêt de bus pour la frontière, et on fait tous coucou à Angie qui repart avec Roméo pour 100km de vélo jusqu’à Dien Bien Phu, au Vietnam !


Ça peut servir:

Bus Luang Prabang – Nong Khiaw: à prendre directement à la gare routière du nord (45 min de marche): 37000kips/pers

Guesthouse Nong Khiaw: la dernière à gauche avant le pont – 60000kips

Ascension du point de vue: 20000 kips/pers

Pirogue jusqu’à Muang Ngoy: 1h – 25000kips/pers

Guesthouse Muang Ngoy: Rainbow GH – 55000kips – Terrasse, propre, on recommande

Piroge jusqu’à Muang Khoua: de 5 à 9h selon votre chance – 100000kips/pers

Guesthouse Muang Khoua: NamOu GuestHouse – 50000 kips – vraiment pourrie ! à éviter !

1 Commentaire

  • Reply
    Claire
    18 juin 2016 at 15 h 04 min

    Ahhh on l’attendait de pied ferme le récit de votre épopée sur la Nam Ou ! Pas déçus car les détails sont vraiment très croustillants : on est complètement choqués !
    La description que vous faites de nous nous a bien fait rire, à vous lire on se prendrait pour des surhommes :) Alors qu’en fait on est juste trop flemmards pour porter des gros sacs à longueur de temps !
    Votre article nous a replongés avec nostalgie dans nos souvenirs du Laos… On est bien contents d’y avoir rencontré des gens bien comme vous !

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